09 mars 2021
Le prix Summer de la fête du livre de Bron
Cette année, grâce à la médiathèque de Givors, quelques-unes de notre groupe ont participé à l'élection du prix Summer de la Fête du Livre de Bron. Al. animateur de notre cercle a accompagné ce débat.
Voici une présentation de la sélection, les interviews des auteurs, et le résultat de nos votes.
Miguel Bonnefoy, Héritage (Rivages)
La maison de la rue Santo Domingo à Santiago du Chili, cachée derrière ses trois citronniers, a accueilli plusieurs générations de la famille des Lonsonier. Arrivé des coteaux du Jura avec un pied de vigne dans une poche et quelques francs dans l’autre, le patriarche y a pris racine à la fin du XIXe siècle. Son fils Lazare, de retour de l’enfer des tranchées, l’habitera avec son épouse Thérèse, et construira dans leur jardin la plus belle des volières andines. C’est là que naîtront les rêves d’envol de leur fille Margot, pionnière de l’aviation, et qu’elle s’unira à un étrange soldat surgi du passé pour donner naissance à Ilario Da, le révolutionnaire. Miguel Bonnefoy brosse le portrait d’une lignée de déracinés, dont les terribles dilemmes, habités par les blessures de la grande Histoire, révèlent la profonde humanité.
Présentation vidéo par Yann Nicol, directeur de la fête du livre de Bron
Rencontre avec Miguel Bonnefoy
Négar Djavadi, Arène (Liana Levi)
Un téléphone volé dans un bar-tabac à Belleville. Un gamin en survêt qui bouscule les clients. Un diffuseur de séries déstabilisé par la perte de son portable. Une policière en intervention, filmée par une lycéenne en révolte. Une vidéo prise à la dérobée, qui fait le tour des réseaux sociaux, montrant le corps sans vie d’un adolescent au pied du pont Louis-Blanc. Benjamin Grossmann, chamane de la nouvelle fiction, et Camille Karvel, la voleuse d’images solitaires, percutent, chacun à leur manière, le quartier Belleville-Jaurès-Buttes-Chaumont, et provoquent l’étincelle qui embrasera l’Est parisien. Une longue réaction en chaîne d’événements dont personne ne sortira indemne : ni les jeunes des cités, ni les flics, ni les mères de famille, ni les travailleurs au noir chinois, ni le prédicateur médiatique, ni la candidate en campagne pour la mairie. Tous captifs de l’arène, celle d’une nouvelle série explosive ? Négar Djavadi emporte le lecteur par son intrigue haletante ancrée dans la complexité de notre époque.
Présentation vidéo par Yann Nicol, directeur de la fête du livre de Bron
Thomas Flahaut, Les nuits d’été (L’Olivier)
Thomas, Mehdi et Louise se connaissent depuis l’enfance. À cette époque, Les Verrières étaient un terrain de jeux inépuisable. Aujourd’hui, ils ont grandi, leur quartier s’est délabré et, le temps d’un été, l’usine devient le centre de leurs vies. L’usine, où leurs pères ont trimé pendant tant d’années et où Thomas et Mehdi viennent d’être engagés. L’usine, au centre de la thèse que Louise prépare sur les ouvriers frontaliers, entre France et Suisse. Ces enfants des classes populaires aspiraient à une vie meilleure. Ils se retrouvent dans un monde aseptisé plus violent encore que celui de leurs parents. Là, il n’y a plus d’ouvriers, mais des opérateurs, et les machines brillent d’une étrange beauté. Grande fresque sur la puissance et la fragilité de l’héritage social, Thomas Flahaut écrit le roman d’une génération, avec ses rêves, ses espoirs, ses désillusions.
Présentation vidéo par Yann Nicol, directeur de la fête du livre de Bron
Julia Kerninon, Liv Maria (L’Iconoclaste)
Son nom est Liv Maria Christensen. Enfant solitaire née sur une île bretonne, entre une mère tenancière de café et un père marin norvégien. Envoyée subitement à Berlin à l’âge de 17 ans, elle tombe amoureuse de son professeur d’anglais. Le temps d’un été, elle apprend tout. Le plaisir des corps, l’intensité des échanges. Mais, à peine sortie de l’adolescence, elle a déjà perdu tous ses repères. Ses parents décèdent dans un accident, la voilà orpheline. Et le professeur d’été n’était peut-être qu’un mirage. Alors, Liv Maria s’invente pendant des années une existence libre en Amérique latine. Puis, par la grâce d’un nouvel amour, elle s’ancre dans une histoire de famille paisible, en Irlande. Deux fils viennent au monde. Mais Liv Maria reste une femme insaisissable, même pour ses proches. Comment se tenir là, dans cette vie, avec le souvenir de toutes celles qui ont précédées ? Julia Kerninon brosse le portrait fascinant d’une femme marquée à vif par un secret inavouable.
Présentation vidéo par Yann Nicol, directeur de la fête du livre de Bron
Hugo Lindenberg, Un jour ce sera vide (Christian Bourgois)
C’est un été en Normandie. Le narrateur est encore dans cet état de l’enfance où tout se vit intensément, où l’on ne sait pas très bien qui l’on est ni où commence son corps, où une invasion de fourmis équivaut à la déclaration d’une guerre qu’il faudra mener de toutes ses forces. Un jour, il rencontre un autre garçon sur la plage, Baptiste. Se noue entre eux une amitié d’autant plus forte qu’elle se fonde sur un déséquilibre : Baptiste a des parents parfaits, habite dans une maison parfaite. Sa famille est l’image d’un bonheur que le narrateur cherche partout, mais qui se refuse à lui. Flanqué d’une grand-mère immigrée à l’accent prononcé, et d’une tante « monstrueuse », il rêve, imagine, se raconte des histoires, tente de surpasser la honte sociale et familiale qui le saisit face à son nouvel ami. Il entre dans une zone trouble où le sentiment d’appartenance est ambigu : vers où va, finalement, sa loyauté ? Peut-être est-ce là l’expérience qu’on doit tous faire pour grandir. Écrit dans une langue ciselée et très sensible, Un jour ce sera vide est un roman fait de silences et de scènes lumineuses qu’on quitte avec la mélancolie des fins de vacances. Hugo Lindenberg y explore les méandres des sentiments, bons comme mauvais, qui traversent toute famille, et le poids des traumatismes de l’histoire.
Présentation vidéo par Yann Nicol, directeur de la fête du livre de Bron
A la rencontre de Hugo Lindenberg
Notre vote
On attribue 15 points à notre préféré, 8 au second, 6 au 3e, puis 4 et 2...
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1er Miguel Bonnefoy Héritage |
2e Négar Djavadi Arène |
5e Thomas Flahaut Les nuits d'été |
4e Julia Kerninon Liv Maria |
3e Hugo Lindenberg Un jour ce sera vide |
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| Ro. | 15 | 6 | 4 | 8 | 2 |
| Lu. | 6 | 15 | 2 | 8 | 4 |
| Ch. | 8 | 4 | 2 | 6 | 15 |
| Pe. | 2 | 6 | 4 | 8 | 15 |
| Jo. | 8 | 6 | 15 | 2 | 4 |
| Ca. | 15 | 6 | 8 | 4 | 2 |
| Total | 54 | 43 | 35 | 36 | 42 |
La discussion a été très intéressante. Chacune a exprimé son point de vue. Diversité et controverses sont éclairantes pour tout le monde. Le livre Héritage de Miguel Bonnefoy a obtenu le plus de voix. Le livre de Hugo Lindenberg a suscité beaucoup de questions, celui de Julia Kerninon des avis contraires quant aux décisions de la narratrice.
Réflexions sur chacun des livres:
Héritage
Invraisemblable, mais intéressant. Mais fin gâchée car la tragédie était annoncée d'avance.
L'écriture est trop mécanique, manque de folie. Mais quelques touches d'humour et une pirouette ironique en conclusion.
Ro.: Miguel Bonnefoy est un romancier et un formidable conteur, on est happé par l'histoire qui fourmille de détails : il s'inspire de ses racines chiliennes, des immigrations qui ont rythmé le présent de ses ancêtres, véritables oiseaux migrateurs, porteurs de cultures et d'héritage d' un pays à l'autre ; le ciel comme seule voie certaine.
Ca.: C'est une écriture sud américaine qui évoque Gabriel Garcia Marquez ou Isabelle Allende. Un récit un peu fantastique, un conte.
Arène
Ro: Au cœur d'arène ces quartiers meurtris témoignent de la déliquescence des liens sociaux. L'écrivaine déroule son intrigue à cent à l'heure et ne laisse aucun répit ; c'est en tout point semblable à une série.
Ca.: C'est noir, noir, noir. Réaliste, voire ultra-réaliste : aucune lumière, même à l'horizon, aucun personnage ne sort indemne, on a du mal à respirer. Ça m'a grave plombée.
Ch. : L'auteur insiste sur le côté sombre des banlieues et en oublie les beaux aspects, représentation trop stérétoypée (drogue, violence). L'auteur veut tout dire dans les moindres détails, lourd.
Jo : s'est laissée porter, mais peu de souvenir après la lecture. Style d'écriture le plus moderne de la sélection
Pe: n'est pas allé au bout, s'est arrêtée au 1er personnage, mais a senti le potentiel du livre
Lu : belle écriture, détaillée, moderne, mais des longueurs. Immersif, permet de découvrir un milieu inconnu. Intrigue captivante et réaliste. Histoire d'amour intéressante.
Un jour ce sera vide
Ca: L'écriture est ciselée, c'est agréable à lire ; l'histoire est triste et la fin incompréhensible, mais le livre se tient.
Ch. Incroyable comme l'auteur est juste dans sa description du sentiment de honte quand on est enfant. Bonne retranscription de ses émotions et ressentiments, ses faiblesses et espoirs : honte, cruauté puérile...
Pe : a beaucoup aimé les personnages, et la narration volontairement régressive
Débat sur les interprétations que l'on peut trouver à la conclusion. Fin allégorique ? en tout cas contestable car abrupte et peu compréhensible.
Ro: Langage trop littéraire pour un enfant de 10 ans ; e jeune protagoniste, étonnamment s'exprime comme un adulte. C'est un torrent d' motions qui traverse le héros de ce roman : le dégoût, la honte, la fierté, l'envie, bref, récit troublant qui demeure flou et irrésolu
Lu. Séquence du baiser remarquable, évocation de l'homosexualité des personnages, mais déçue par la fin.
Les nuits d'été
Ro : Ces 3 jeunes gens qui cherchent leur place dans une vie et une société qui semble ne pas vouloir d' eux sont parfaitement représentatifs d'une partie de la jeunesse actuelle qui tentent de survivre dans un monde jalonné d'obstacles surtout pour ceux qui n' avaient pas toutes les cartes en main.
Ca : Très réaliste, un peu plombant aussi du coup, mais très intéressant.
Pe : Ressemble trait pour trait au dernier Goncourt, du déjà lu.
Jo: Histoire touchante dans laquelle on peut se reconnaitre
Lu: immersion dans le milieu ouvrier, et une romance peu convaincante.
Ch: Désespéré et désespérant
Liv Maria
Tragique, invraisemblable, peu cohérent, écriture piquante
Jo : se vend comme un hymne à la liberté, mais c'est raté. Ce qui ressort au final, c'est la fuite en avant permanente de l'héroïne, son incapacité à faire des choix.
Ch : fausse liberté, car absence de choix.
Lu : Réflexion sur la prise de conscience de l'héroïne sur son absence de consentement passé. Hélas, fin ratée. Bien écrit néanmoins.
Ro : L'écrivaine brosse le portrait éblouissant d'une femme marquée à vif par un secret inavouable et explore avec une grande justesse les détours de l'intime, les jeux de l'apparence et de la vérité.
Ca : La psychologie du narrateur est trop loin de moi, j'adhère pas à ses choix. J'ai essayé de comprendre, de m'identifier, mais non, je ne la comprends pas. Je ne crois pas à l'histoire. Je suis vraiment gênée par la fin
Réflexions générales
Ro : Les récits de Negar Djavadi , Thomas Flahaut ont en commun de décrire des situations sombres mais tellement proches de la réalité.
Le récit de Julia Kerninon, son secret inavouable fait écho à l'actualité des faits de harcèlement fait aux femmes.
Hugo Lindenberg arrive à nous faire ressentir les différentes sensations liées à l' enfance.
Ca : Je pense que tous les livres relatent une tragédie et qu'à part celui de Bonnefoy, l'écriture est très réaliste.
Le prix a été remis le 12 mars à Julia Kerninon pour Liv Maria
22:31 | Lien permanent | Commentaires (0)





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